La Chapelle Sainte Claire

Discours de
Mr Georges SARRAZIN, architecte,
Pour l’inauguration de l’oratoire Sainte Claire - 06 octobre 2012

La chapelle Sainte Claire, propriété de la commune de LA MOTTE SAINT JEAN, a été restaurée officiellement le 6 octobre 2012 à l’initiative de Monsieur Laurent GUITARD et avec le concours de l’association La Grand’Houlle impliquée dans la sauvegarde du patrimoine, pour laquelle une délégation de Maîtrise d’œuvre a été signée avec le Maire de LA MOTTE SAINT JEAN le 16 décembre 2010.

La présence dans cette chapelle d’un bâton de procession est signalée dans un ouvrage de Paul CHAUSSARD (historien local) : « La Marine de Loire » préfacé par Maurice GENEVOIX de l’Académie française. Ce bâton de procession en bois stuqué se trouve aujourd’hui au musée de la marine de Loire à CHATEAUNEUF-SUR-LOIRE, qui l’a acquis d’un antiquaire de DIGOIN, lequel a confirmé qu’il provenait bien de cette chapelle.

Une réplique en bois, visible à l’Observaloire de DIGOIN, a été exécutée par Monsieur Bernard JAILLOT, Maire de la commune de LA MOTTE SAINT JEAN. Il est surmonté d’une Sainte Claire sur une barque, ce qui nous laisse supposer qu’ici, les mariniers avaient fait de Sainte Claire leur patronne, ce qui n’était pas toujours le cas tout au long du fleuve où d’autres saints ont été honorés : Sainte Barbe, Saint Nicolas, Saint Roch. Mais le musée de CHATEAUNEUF possède dans ses collections un ex-voto de 1814, en forme de chaland de loire dédié à Sainte Claire, patronne des mariniers, ce qui confirme bien l’existence d’un culte. Nous n’avons pas de preuve formelle à ce sujet et la présence d’une source à proximité de la chapelle est peut-être à l’origine de sa construction. Les bateaux arrivés à leur destination n’étaient pas toujours ramenés à leur port d’attache et les mariniers revenaient chez eux à pied. A leur retour, leurs épouses fréquentaient les oratoires pour remercier la « Bonne Dame » à qui ils étaient dédiés, de leur avoir fait « recouvrer » leur mari et de les avoir protégés d’un naufrage toujours possible.

Sainte Claire était aussi honorée des lavandières et des blanchisseuses, des métiers d’eau. Sa relation avec l’eau peut nous être suggérée par le fait qu’avec ses prières elle fit se lever une tempête qui dispersa une armée de Sarrasins venue assiéger le monastère d’Assise où vivait la sainte et où elle avait fondé avec Saint François d’Assises l’ordre des Clarisses.

Cette chapelle du XIXième siècle est de dimension très modestes ; elle en est d’autant plus émouvante par sa simplicité. Les fidèles qui l’ont fait construire avaient sans doute des moyens limités ; c’est pourquoi les bâtisseurs ont concentré leur attention sur la seule façade route où ils ont employé la pierre de taille pour l’encadrement de la porte d’entrée, les deux chaînes d’angle, la base et le couronnement du fronton. La croix au sommet du fronton a été récupérée et des motifs d’angle sur la base de ce fronton, dont l’emplacement est bien marqué, avaient disparu ; ils ont été remplacés par des flammes en pierre dont la spiritualité accompagne celle de la croix ; elles sont l’œuvre de Monsieur Marcel MILLERAT qui en a fait don.

Pour les autres façades des matériaux moins nobles avaient été utilisés et notamment pour les corniches des façades latérales qui sont le prolongement de la base en pierre de taille du fronton, avec le même profil, mais qui étaient réalisées avec des briques superposées et un enduit tiré au calibre pour reconstituer le cavet de la moulure (le quart de cercle), ce qui constitue un ensemble assez fragile qui se trouvait en très mauvais état. Une seule petite ouverture de 30 x 40 cm existait dans la façade côté talus.

Des bénévoles de l’association ont dégagé les parties de façades enterrées et réalisé un drainage périphérique au niveau des fondations. L’entreprise BAILLY a appliqué un enduit d’étanchéité sur ces parties de façades. L’entreprise AUBAGUE - DESPLACE a réintroduit gracieusement la pierre de taille là où elle paraissait évidente, c'est-à-dire les corniches des façades latérales et l’encadrement de la petite ouverture côté talus qui a été transformée en vitrail en lui donnant une autre forme et dans le vitrail une symbolique de la marine fluviale représentée par un bateau avec sa voile et deux oiseaux qui l’accompagnent. Cette entreprise a réalisé aussi tous les enduits apparents extérieurs et intérieurs. L’entreprise « Les Couvertures Digoinaises » a refait gratuitement une charpente apparente et Monsieur Laurent GUITARD une couverture en tuiles plates remplaçant l’existante en tuiles mécaniques, ainsi que le carrelage, les peintures et fourni une grande partie du mobilier.

D’autres bénévoles locaux ont fourni du bois, les tuiles plates, de la peinture et une partie du mobilier. L’association les remercie tous pour leur motivation et leur générosité.

Cette chapelle se situe à un endroit particulier, juste en face du confluent de la rivière Arroux et de la Loire, comme sont situées les croix en pierre au croisement de nos chemins de campagne avec le symbolisme qu’elles évoquent.

Elle est un des derniers témoins qui nous rappellent l’existence, les aventures des bateliers du fleuve, l’activité qui a régné sur les rives de la Loire jusqu’au début du 20ième siècle et qui était concentrée ici au port de DIGOIN sur la grève, qui a vu s’embarquer les bois flottés du Morvan, les vins du Mâconnais et du Chalonnais, le sel, le charbon, le ravitaillement de Paris, les échanges commerciaux et bien d’autres marchandises de Roanne à Nantes, ainsi que le transport de troupes et le passage de célébrités pour ne citer que Louis XI, Louis XIII, Richelieu et Madame de Sévigné.